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Publié par M Y R

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Il est incontestable que l'un des biens les plus grands et les plus précieux dont se soient félicités les jeunes pays sur qui, il y a une dizaine d'années, avait soufflé le vent de la décolonisation, c'est bien le fait d'avoir retrouvé leurs cultures, ou plutôt d'avoir vu leurs cultures remises en honneur, recouvrant pour ainsi dire leur titre de noblesse.

 

C'est que - tout le monde le sait - depuis les temps immémoriaux, tout pays colonisateur avait ce rêve d'implanter avec la domination politique sa propre langue, sa propre culture en pays assujetti, soit dans un but purement pratique, afin de n'avoir pas à apprendre la langue ou une culture nouvelles, soit dans un but politique pour parfaire complètement la colonisation, soit enfin pour des raisons de mégalomanie qui font qu'aujourd'hui quelque peu sourire afin de faire croire que seule sa culture à soi est bonne, valable, élevée, et que celle des paus colonisés est nécessairement inférieure.

 

En plain XXè siècle, aucun des arguments n'aurait pu tenir, et dès la libération politique des anciennes colonies, et même dès un peu avant, on a reconnu un peu partout qu'il pouvait y avoir d'autres cultures que celles des pays colonisateurs, que celle-là avaient tout aussi bien leurs caractères propres, leur valeur, leur grandeur. Aujourd'hui, c'est un fait : tout le monde reconnaît non seulement l’existence, mais encore l’originalité des cultures asiatique, indienne, nègre, celle-ci ayant reçu le beau nom depuis quelques années de « négritude ». Or, si la négritude existe, pourquoi n’y aura-t-il pas la malagasitude, je veux dire la culture malagasy, une culture dont je ne crains pas d’affirmer d’entrée de jeu qu’elle a des affinités avec, d’une part, la culture noire, et d’autre part la culture Jaunes. Depuis que Madagascar a recouvré sa souveraineté nationale, les dirigeant du pays ont eu la louable sagesse d’instaurer dans les écoles l’enseignement de la langue, de la littérature et de la civilisation malgaches ; c’est là une preuve évidente du désir du gouvernement de promouvoir la culture malgache.

 

Mais l’on comprend bien, si j’ai pris comme titre de notre causerie d’aujourd’hui celui de Culture malgache, ce n’est nullement dans l’intention de faire de la politique, même pas de la friser de quelque façon que ce soit, mais bien pour faire connaître, tout d’abord aux Malgaches eux-mêmes, leur propre richesse intellectuelle et spirituelle – car une richesse qui s’ignore n’est pas une richesse – puis, par le même occasion, à tout étranger, ami des Malgaches, ce qu’est la culture malgache, dans le but d’harmoniser au mieux les relations et les contacts d’homme à homme, autrement dit, dans un but strictement humanitaire. N’est-ce pas, en effet, par la connaissance de ce qu’on est convenu d’appeler la culture d’une nation qu’on arrive à connaître pleinement cette nation – et de là à l’estimer, car on a de l’estime que pour ce que l’on connaît déjà.

 

Plus que cela, comprendre et estimer ne suffiraient pas, croyons-nous aujourd’hui : il faut donner aux autres. L’homme étant un être social, il ne peut pas garder sa culture égoïstement pour lui. En ce sens, on a beaucoup parlé ces dernières années de rencontre des cultures. L’idée est à retenir et à approfondir tant il est vrai qu’une authentique culture – aussi bien pour un homme que pour un groupe d’hommes – comporte la connaissance des autres, du monde, de son temps, et un don de soi-même par des activités valables. Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nos avons préféré le terme de culture à celui de civilisation pour notre communication, la culture étant davantage entendue comme la maîtrise de l’homme sur l’intérieur de lui-même, tandis que la civilisation est plutôt prise pour la maîtrise et la domination de l’homme sur l’extérieur, sur le monde : organisation de la société, conditions économiques, réalisation techniques.

 

Cela nous amène d’ailleurs de plein pied au sujet de notre causerie qu’il nous faut délimiter et préciser par la définition qu’il faut – et que j’estime – donner au mot culture. C’est un de ces mots difficiles à définir, vu que non seulement il recouvre plusieurs concepts déterminés, mais que l’on ne s’entend pas sur le sens exact à lui donner. Pour faire bref et clair, nos adopterons la définitions suivante – définition conforme d’ailleurs à ce que nous avons dit à l’instant sur le fait que la culture doit être entendue comme une maîtrise de l’homme sur l’intérieur de lui-même : la culture d’une société est l’ensemble des phénomènes sociaux à caractères religieux, moraux, philosophiques, linguistiques, littéraires et artistiques propres à cette société. Ainsi étudier la culture d’une nation revient, nous semble-t-il, à étudier les traites caractéristiques de la nature des homme qui la composent, de la langue qu’ils parlent, des notions philosophiques qu’ils ont eues de tous temps sur Dieu, la morale, la société, etc …

 

Le champ de notre causerie étant délimité, quel plan adopterons-nous pour le parcourir, pour ainsi dire, de long en large ? Ce sera très simple ; nous distinguerons trois étapes :

1 – Les dons originaux des Malgaches sur les plans psychologique, artistique et intellectuel ;

2 – Les lignes de force de la culture malgache ;

3 – Les points faibles de cette culture.

 

I – LES DONS ORIGINAUX DES MALGACHES


 

Précisons bien que lorsque nous disons « dons originaux », nous ne prétendons pas que seuls les malgaches détiennent ces qualités. Mais c’est la présence de tous ces dons ensemble dans l’âme malgache qui permet de parler de caractéristiques originales.

 

1 – Comme oriental, le Malgache a un caractère doux, presque passif, facilement résigné ; en d’autres termes, il n’est pas violent. Cela, pour beaucoup tient à plusieurs raisons ; on a invoqué des raisons historiques : les multiples guerres que s’étaient faites les roitelets avant ‘unité nationale, la cruauté de Ranavalona I, la dictature de Rainilaiarivony, l’autoritarisme de Gallieni ; ou des raisons géographiques : Madagascar est une île, donc les Malgaches ont très fort le sentiment de solitude, d’où ils sont plutôt doux ; ou bien on avance que, jouissant d’un climat plutôt tempéré, en tout cas régulier, ils ont le sens de la modération. Tout cela a certes, une part de vérité ; mais je crois qu’on ne peut pas nier qu’il y ait aussi là-dedans des raisons philosophiques et psychologiques : comme nous le verrons, le Malgache étant un homme éminemment social, c'est-à-dire ayant le sens poussé à un degré éminemment élevé du fihavanana – harmonie presque au niveau de la parenté des relations des uns avec les autres, - il est nécessairement peu enclin à contrarier les autres, d’où il est doux, presque passif ; facilement résigné. Il est bon, d’après moi, de souligner cette dernière raison car si on l’a bien comprise, on ne taxera pas les Malgaches de lâches ou de faibles.

 

2 – Le Malgache est sérieux. Cela ne veut guère dire qu’il rit rarement ou qu’il ne festoie jamais, non, mais qu’il est fermé, peu expansif, peu enclin à manifester une gaîté exubérante qu’il qualifie de légèreté, et surtout qu’il ne livre pas spontanément hic et nunc ses sentiments de joie par des manifestations tapageuses. Ce trait de son caractère ne le fait point livrer, se confier, s’épancher facilement, et, de là on l’a souvent taxé d’être cachottier, hypocrite, et même fourbe.

 

3 – Le Malgache a, pour ainsi dire, un fond de caractère mélancolique. Là encore, il faut bien le noter, cela ne signifie guère que le Malgache est toujours au bord des larmes et aborde partout et toujours une mine triste et lugubre ! Non, mais ce qui est vrai, c’est que sa littérature et ses chants – bien que marqués par un rythme qui leur eset propre – sont empreints d’une tristesse, d’une mélancolie quelque peu persistante. Prenons pour illustrer cela la litérature ; dans la littérature traditionnelle, il y a un genre, le hain-teny, qu’on connaît déjà un peu partout grâce à l’étude qu’en a faite Jean Paulhan, eh bein ! Un des thèmes les plus populaires du hain-teny, c’est le hanina ou le embona, mots qu’on pourrait traduire – mais approximativement – par nostalgie ; dans la littérature moderne, notons aussi en passant la prolifération des poèmes tristes autant pour sujets la mort, la tombe, le séparation. D’où vient ce trait du caractère malgache ? Plusieurs auteurs l’ont expliqué par le caractère d’insularité de Madagascar. Certes, cela n’est pas à exclure, mais il faut y ajouter, croyons-nous, le fait que les populations de Madagascar ne sont pas, pour la plupart, des originaires du pays, mais des émigrés de lointaines origines, soit océaniennes, soit africaines.

 

4 – Le Malgache est un sensitif. C’est un être aux sens tout à fait ouverts. Il est d’abord sons, odeurs, rythmes et couleurs avant d’être œil comme l’Occident. Il sent lus qu’il ne voit. Quelque part, Senghor dit du Noir qu’il se sent ; on peut appliquer cela aux malgaches. On pourrait aussi sans doute rattacher à cela le fait que l’intelligence des Malgaches s’attache moins aux détails qu’au tout, moins aux parties qu’à l’ensemble.

 

5 – Le Malgache est doué d’une sensibilité développée : il possède une puissance d’émotion considérable. C’est ce qui fait dire par les Malgaches eux-mêmes qu’ils sont des « olon’ny fo », c'est-à-dire des gens sensibles aux arguments du cœur. Un écrivain malgache, philosophe sociologue, le R. P. Rahajarizafy, dans son livre intitulé Hanitra nenitn-dRazana parle de deux catégories d’hommes. « Les uns, dit-il, sont attirés par le côté vrai d’une chose ; les seconds, par son côté beau. Les Malgaches, dit-il en concluant le paragraphe, sont de la deuxième catégorie ; il n’y a aucune honte à l’affirme car l’essentiel n’est-il pas de saisir le bien ; or, comme pour quelqu’un qui veut prendre in poisson il importe peu qu’il le saisisse par la tête ou par la queue, l’essentiel c’est qu’il le capture ».

 

6 – L’importance de la parole est très grande dans la culture malgache. Toute la culture malgache était jusqu’au siècle dernier orale ; c’est la tradition orale qui servait d’archives et de bibliothèques.

 

Cette parole exprime une poussée très logique, mais dont la logique elle-même déconcerte des Occidentaux parce qu’elle est bâtie par comparaisons et métaphores et non par syllogismes ou déductions. Les Malgaches comprennent bien mieux l’Evangile, la Bible, que les Occidentaux et, d’une façon générale, tout ce qui est discours et enseignement par paraboles.

 

A ce propos, notons trois caractères très spécifiques de la langue malgache :

 

a / La langue malgache est souple. Notons seulement pour illustrer cela le fait qu’outre les deux voies de verbes rencontrées dans la plupart des langues : l’actif et le passif, le malgache en possède une troisième : le relatif ou circonstanciel ; c'est-à-dire que outre, qu’on peut mettre comme sujet grammatical de la phrase, l’agent de l’action : misotro ny divaiko ao anaty kaopy voamena aho (je bois mon vin dans une coupe d’or), ou l’objet de l’action : sotroiko ao anaty kaopy volamena ny divaiko (Mon vin est bu par moi dans une coupe d’or), on peut encore, en malgache, mettre la circonstance de l’action comme sujet grammatical de la phrase : isotroako ny divaiko ny kaopy volamena (la coupe en or est ce avec quoi mon vin est bu par moi) ;

 

b / La langue malgache a un vocabulaire très riche, surtout pour exprimer ce qui se rapporte aux données des sens. Signalons seulement, à titre d’exemple, que la seule action de regarder peut se rendre d’une vingtaine de façons selon les différentes forces ou orientations du regard, ou les diverses positions ou attitudes du sujet regardant. Ainsi nous avons mijery (regarder), mitazana (regarder à une certaine distance), mikandrana (regarder à une certaine distance en levant la tête),  mintsinjo (regarder de haut en bas, ou au loin), mitsirika (regarer en passant), mitily (regarder en épiant), manarangarana (regarer à la dérobée, mitaratra (regarder à travers quelque chose), manompirana (regareer obliquement, manao very maso(regarder en ne laissant  paraître que les yeux), mitsipalotra (regarder rapidement, en parlant des yeux), mipitrapitra (regarder mélancoliquement), mibanjina (regarder avec des gros yeux), mivandraka (regarder, les yeux fixes), mivandravandra (regarder, les yeux grandement ouverts), mifantoka (regarder, les yeux fixés sur), mitodika (regarder en arrière), mangarika (regarde de travers avec mépris), miandrandra (regarder en haut) etc. Je crois que c’est bien ici le cas de reprendre ce que disait Léopold Sédar Senghor à propos de la richesse du vocabulaire chez le Noir : «  il y a parfois, dit-il, dix, vingt mots pour désigner un objet selon qu’il change de forme, de poids, de volume, de couleur ». Ici, il s’agit d’une gamme de mots plus ou moins synonymes pour désigner une action selon qu’elle change de direction, d’intensité, de position ;

 

7 – Signalons encore comme un des dons originaux de la culture malgache sa philosophie, qui est axée, d’une part, sur le spiritualisme et, d’autre part, sur ce que nos nous permettons d’appeler le « madératisme ». Spiritualiste, sa philosophie a comme base le fameux axiome Ny fanahy no olona : « l’Ame, c’est l’homme », ce qui est illustrée par la priorité qu’elle donne à l’âme et à tout ce qui est spirituel plutôt qu’à ce qui est matériel : Aleo very tsikalakalam-bola toy izay very tsikalakalam-pihavanana : (Mieux vaut perdre de l’argent que de perdre l’amitié). Ny voky tsy mahaleo ny tsaroana (Il est préférable d’être l’objet de souvenirs plutôt que de recevoir mille cadeaux). La philosophie malgache a aussi comme base la mesure, la modération, la conciliation. Ianao tia mafana, izaho tia mangatsiaka : ataovy matimaty hiraisana (vous aimez le chaud, moi, je préfère le frois, prenons le tiède pour que nous nous entendions), ou encore :  Mihinana mihoatra ny voky, manevika ; matory mihoatra ny farafara, mianjera ; mamindro akaiky loatra, may (Manger plus qu’à satiété, c’est risquer d’avoir le point de côté ; dormir au-delà du lit, c’est s’exposer à tomber ; se chauffer trop près du feu, c’est se brûler).

 

8 – Enfin, l’éthique ou la morale malgache n’est pas un des moindres dons originaux de la culture malgache. L’éthique malgache repose principalement sur quatre éléments : Dieu, la voix de la conscience, le tsiny et le tody.

 

a / Dieu ou  Andriamnitra, est considéré  non seulement comme créateur, une providence et un justicier, mais encore comme le détenteur du principe de la morale ; deux proverbes sont couvent cités à ce sujet : aza ny lohasaha mangin no jerena, fa Andriamanitra ao an-tampon’ny loha (ne vous fiez pas au silence de la vallée, songez plutôt à Dieu qui est au-dessus de votre tête).  Ny adala no tsy ambakaina : Andriamanitra no atahorana (si l’on ne trompe pas les sots, c’est qu’on craint Dieu).

 

b / La voix de la conscience : ny fieritreretana. Un dicton a fixé cette idée dans une formule quasi lapidaire : aleo enjehin’ny omby masiaka, toy izay enjehin’ny fieritreretana (il est beaucoup préférable d’être poursuivi par un méchant taureau que de l’être par la voix de sa conscience).

 

c / Le  tsiny, qui se traduit littéralement par « blâme, reproche » est la culpabilité qu’encourent tous ceux qui vont tort à quelqu’un, notamment à Dieu, aux ancêtres, à quelques membres que ce soient de la société. La tsiny entraîne des châtiments terribles qui peuvent frapper la fortune aussi bien que la personne même du fautif. Ce tsiny, aux tristes conséquences, on peut toutefois facilement l’éviter : il suffit d’en demander pardon. Ainsi, le tsiny paraît être comme qui dirait un péché social dont on s’absout dès qu’on s’en rend compte et qu’on s’excuse (miala tsiny). De là proviennent justement ces façons devenues presque rituelles de s’excuser et de demander pardon quand on a commis une faute à l’encontre de quelqu’un ou qu’on est obligé de dire un mot risquant de blesser autrui ou même de parler en public, car dans l’auditoire, pense le Malgache, il se peut qu’il y ait quelqu’un de plus digne que cous pour prendre la parole – plus digne par l’âge, les conditions sociales ou le mérite – et qui vous blâmerait de prendre la parole avant lui.

 

d / Enfn, le tody ou « fatal retour des chose », comparable au « karma » indien – est le choc en retour inévitable de tout acte qu’un homme aura fait à l’endroit d’un autre homme, un acte violent ou un acte bon ; ainsi le tody ne vise pas seulement les mauvais actes, mais aussi les bons ; c’est ainsi que le proverbe dit : ny tody toy ny salaka : soa atao, mihodidin ; ratsy atao, mihodidina (le tody est comme un pagne : il vous ceint la hanche que cous fassiez bien ou que vous fassiez mal). Mais à l’encontre du tsiny, le tody ne peut pas se racheter : un proverbe l’a cloué au pilori : ny tsiny mbola azo sorohina, fa ny tody tsy misy fanefitra (le tsiny, on peut encore l’éviter, mais le tody, lui, rien ne peut y remédier).

 

Tel sont donc, à notre humble avis, les huit dons originaux des Malgaches ; abordons, si vous le voulez bien, la deuxième point de notre développement.

 

II – QUELLES SONT LES PRINCIPALES LIGNES DE FORCE DE LA CULTURE MALGACHE


 

L’idée maîtresse de tout système philosophique et moral malgache est la vie. Le Malgache considère la vie comme le meilleur et le plus précieux de tous les biens ; c’est ce qui fait dire aux Malgaches : mamy ny miaina (vivre est doux). La vie est un don de Dieu : ny aina tsy afaky ny tompony (celui qui possède la vie ne peut pas s’en défaire).

 

Chez l’homme, ce don se réalise dans la coexistence du corps et de l’âme. Cette dernière, l’âme, c’est ce qui fait l’homme : ny fanahy no olona. Le corps n’est qu’un tesson : on ne sait quand il va se briser : toy ny vakim-bilany : tsy fantatra izay hahavakisany.

 

Mais il existe une hiérarchie des forces qui donnent et mènent la vie. Au sommet, Dieu, incréé et créateur. Andriamanitra nahary tongotra aman-tanana antsika (Il est celui qui nous a créés pieds et mains). Après Lui, viennent les ancêtres qui sont clasée presque au niveau de Dieu, au point d’induire en erreur plus d’un observateur étranger qui avait conclu à une certaine déification chez les Malgaches des ancêtres chez les Malgaches, trompés qu’ils étaient par le culte que les Malgaches rendent aux morts, culte illustré par le titre donné aux morts Itompokolahy, Itompokovavy ; Ratompokolahy et Ratompokovavy (Monsieur et Madame), par l’importance donnée au tombeau et surtour par la cérémonie grandiose des famadihana ou « exhumation des morts ». Au juste, il n’est nullement question de déifier les ancêtre : la preuve, c’est que parfois les ancêtres sont l’objet de critiques acerbes de la part des vivants : raha razana tsy hitahy, fohazy hihady vomanga (les ancêtres qui refusent à bénir les vivants, qu’il se réveillent de leur sommeil pour déterrer les patates), alors qu’à l’encontre de Dieu, personne n’a jamais osé formuler la moindre critique : Andriamanitra tsy omen-tsiny, Zanahary tsy omen-pondro, fa ny olombelona no be siasia (on ne  jette pas le blâme sur Dieu, on ne censure pas le Créateur ; ce sont les hommes qui sont victimes de leurs caprices). Ce qu’on pourrait dire, croyons-nous, ou plutôt ce qu’on devrait dire, c’est que les Malgaches, tout en réservant un culte de latrie à Dieu, rendent en quelque sorte un culte dulie aux ancêtres.

 

Après les ancêtres et les morts, viennent les vivants, dont l’ordre et la priorité est établi selon le degré d’âge. Si la vie est le meilleur des dons, la famille est bien la cellule où elle se forme, d’où l’attachement des malgaches à la famille et à l’affection toute particulière qu’ils portent à l’enfant, continuateur de la vie : ils n’ont pas assez de tendresse pour le désigner : sombin’ny aina (parcelle de la vie), silaky ny aina (morceau de la vie), menaky ny aina (fruit de la vie).

 

Mais ce don précieux qu’est la vie est très fragile et très précaire, d’où le prix accordé par les Malgaches à la vie en société car les hommes sont la vraie richesse Ny olona no harena. Un Malgache existe, semble-t-il, bien moins comme individu que comme membre d’une collectivité, et cela est surtout vrai du point de vue spirituel. Quatre mots presque intraduisibles en d’autres langues soulignent le fait que le Malgache est fonction pour ainsi dire de la société : ce sont fokonolona, fihavanana, tsiny et tody. Nous parlerons de chacun d’eux en insistant d’avantage sur ce qu’on pourrait appeler l’axe de la vie sociale des Malgaches : le fihavanana.

 

1 – Disons un mot du fokonolona : c’est une sorte de communauté familiale formée par l’ensemble des habitants d’un village ou d’un quartier d’une ville, qui se connaissent, se solidarisent, s’entraident.

 

2 – Le fihavanana : on entend par là les relations toutes particulières qui s’établissent entre les habitants d’un village, les faisant s’assister mutuellement, tels de vrais parents, havana, dans les circonstances heureuses, mais surtout malheureuses de la vie.

 

L’occasion est trop belle de parler du fihavanana pour que nos la laissions échapper, d’autant que la non-compréhension de cette richesse de la culture malgache pourrait en faire – dans l’esprit de bien des observateurs superficiels – au lieu d’un principe d’union et de charité – celui d’un système d’égoïsme bien monté.

 

Pour bien comprendre le fihavanana, disons tout de suite qu’il comporte trois degrés. Au bas de l’échelle : l’entraide mutuelle (fihavanana fifanampiana), qui consiste à se faire aider les unes les autres. Le Malgache a trop bien compris que seul on ne peut rien dans la vie : tsy misy mahavita tena (personne ne se suffit à lui-même) ; Hazo tokana an-kadilanana ka tenain-drivotra irery (un arbre planté dans un défilé : il devient le souffre-douleur des vents). Ainsi les hommes sont la vraie richesse : ny olona no harena. C’est par dizaine que se comptent les proverbes et dictons par lesquels les Anciens – trop conscients du malheur de ceux qui vivent en marge de la société – conseillaient à leurs descendants de s’entraider, de se porter mutuellemtn aide et secours : trano atsimo sy avaratra : izay tsy mahalena ialofana (s’il y a deux maisons rapprochées l’une de l’autre : on s’abrite sous celle qui ne coule pas) ; d’être un soutien, une assurance les uns pour les autres : roalahy miditra ala ; izaho tokiny, izy tokiko (deux hommes pénétrant dans une forêt : je suis son assurance comme il est la mienne).

 

Mais si vous n’aidez pas les autres que pour que les autres vous aident, cela ressortit finalement à de l’égoïsme. Les Malgaches l’ont bien compris, cela, et leur fihavanana ne s’arrête guère à ce stade ; ce n’est pas seulement le bien qu’on peut tirer des autres qui est la finalité du fihavanana ; il nous fait encore considérer les droits, la dignité des autres, et c’est le fihavanana fanajana ; ainsi, par le fihavanana à ce degré, on se respecte, on ressent l’un pour l’autre des mouvements de respect, car dit le proverbe :  ny vato menatra ny vato, ny hazo menatra ny hazo, ka mainka fa ny olombelona (les pierres ressentent du respect pour les pierres, les bois pour les bois, à plus forte raison les hommes pour les hommes). Pour bien imprégner les jeunes de cette idée, les Anciens leur conseillaient de se juger soi-même avant de juger les autres : tsongoy fon-tena, tsongoy fon’olona.

 

Cependant, ce respect mutuel, le deuxième degré du fihavanana, si beau soit-il, serait encore insuffisant. Si l’on s’en tenait seulement au respect mutuel, le fihavanana ne tournerait-il pas facilement en hypocrisie, cette plaie de tant de sociétés modernes, qui consiste à feindre des sentiments et des vertus qu’on n’a pas ? Le fihavananaalors franchit le dernier degré et arrive à la vrai amitié : fihavanana fifankatiavana. C’est là que le Malgache s’épanouit, là on sent vraiment qu’il est l’homme que le cœur fait mouvoir olon’ny fo. Le fihavanana fifankatiavana éclate dans les mille petits faits quotidiens qui font la trame de sa vie :

 

a /  Il ne fait rien qui ne lui soit une occasion pour se souvenir des autres. Vient-il à passer à proximité de leur maison, il doit faire un petit crocher : izay mahavangivangy tian-kavana (celui qui aime à rendre souvent visite aux autres est aimé d’eux) ; et ce faisant, il ne manque pas d’apporter un petit cadeau, dont le nom varie suivant l’endroit par où il était passé avant d’y arriver : voan-dalana (fruit du chemin) si l’on revient d’un voyage ; voan-tsena (fruit apporté du marché) si l’on revient du marché, etc …

 

b / Pour le Malgache, tous, au sein de la société, sont considérés comme appartenant à un même famille, de sorte que ceux qui ont un certain âge sont des ray aman-dreny (l’égal des parents) et les autres des zanaka (l’égal des fils) ;

 

c / Il n’est rien qu’on ne doive sacrifier pour sauvegarder le fihavanana ; un proverbe l’affirme de façon incisive : aleo very tsikalakalam-bola toy izay very tsikalakalam-pihavanana (il vaut mieux perdre de l’argent que perdre l’amitié).

 

d / Enfin, il n’est aucun malheur frappant les autres qu’on ne considère frappant soi-même, et c’est de là que proviennent ces touchantes visites de condoléances, ayant un cachet proprement malgache et qui ont une valeur beaucoup plus profonde qu’apparente : le Malgache tient à exprimer de vive voix la part qu’il prend à la douleur des autres : varavarana ivoahana no anareo, fa ny fahoriana iaraha-mitondra (le malheur, c’est vous qui en êtes frappés, mais nous le supportons tous de tous cœur avec vous).

 

Voilà donc les trois degré du fihavanana. Dire que la psychologie du fihavanana est factice, c’est faux ; elle ne relève sous aucun de ces aspects de simples formalités de politesse ; elle dépend tout entière comme qui dirait d’une théorie de la connaissance du cœur malgache.

 

3 – Enfin, passons rapidement sur chacun des deux fameux mots que nous avons eu déjà l’occasion de rencontrer dans l’étude de l’éthique malgache : le tsiny et le tody, qui désignent, l’un, une sorte de péché social, à proprement parler, un blâme qu’on risque d’encourir pour peu qu’on ait manqué d’égard – délibérément ou non – envers autrui, et l’autre, le tody, une sorte de choc en retour pour tout ce qu’on a fait à autrui et qui n’est que l’expression, semble-t-il, de la justice immanente de Dieu : c’est ce que liasse entendre le proverbe qui dit : bibilava vonono : tsy tanan-kamaly, tsy tongotra hitsipaka fa Andriamanitra no andrasana (un serpent à qui on fait du mal : il n’a point de mains pour répondre aux coups ni de pattes pour en donner, mais c’est Dieu qu’il attend).

 

Nous ne pouvons clore ce paragraphe traitent des lignes de force de la culture malgache sans émettre une remarque que nous avons jugée en soi indispensable à la compréhension de la culture malgache.

 

Si nous avons défini le Malgache comme un  homme éminemment social, c’est qu’il a en vue une collaboration nécessaire et bienfaisant des esprits selon le sens même du fihavanana bien moins qu’un sociologisme à aspect plus ou moins politique ou politico-économique ; en tout cas, il est erroné – ou tout au moins  abusif – de laisse entendre que le fokonolona ou le fihavanana des Malgaches d’autrefois s’apparente à l’un des quelconque collectivismes bien connus de nos jours. Ceux-ci sont d’ordinaire un système politique qui met à contribution l’effort de tous pour une seul but : l’intérêt de la collectivité où il se noierait comme une goutte d’eau dans la mer : c’est ce que traduit l’expression qu’il emploie pour dire qu’il tient à son lopin de terre, dût celui-ci n’avoir que les dimensions d’un pas : tsy foiko ny taniko na dia tsivalan-dia aza. Mais plus que cela, c’est dans l’assistance que les Malgaches se prêtent entre eux par l’institution bien connue sous le noms de valin-tanana qu’éclate la vérité de ce que nous avançons ici : le valin-tanana consiste pour les habitants d’un fokonolona à mettre en commun tous les moyens de production de production du village au service non pas de la collectivité considérée comme une entité, mais de chacun pris dans cette entité : aujourd’hui, tous travaillent pour Rakoto ; demain, tous travailleront – Rakoto y compris – pour Rabe ; après-demain, ce sera le tour de Ranaivo à tirer profit du travail de la collectivité, et ainsi de suite… L’on serait peut-être tenté de conclure, en apprenant cela, que le Malgache est donc u individualiste, et donc un prédestiné au capitalisme. Que non pas ! Il est aussi éloigné du collectivisme que de l’individualisme.

 

Il échappe à l’individualisme parce qu’il sait que l’esprit en chacun de nous ne peut atteindre sa propre fin et parvenir à son plein épanouissement que s’il s’associe à tous les autres esprits dans le respect mutuel, dans l’amour du prochain ou fihavanana et dans l’obéissance à une règle de charité dictée par la crainte du tsiny et du tody. Il échappe au collectivisme, d’autre part, parce qu’il sait que la personne n’est pas emprisonnée totalement dans les formes conrètes du monde matériel : ny fanahy no olona, aime-t-il répéter – et que cette personne ne relève d’aucun autre absolu que Celui qui a créé ses pieds et ses mains Zanahary nahary tongotra aman-tanana azy. En d’autres termes, pour comparer en formules plus ou moins frappantes les trois systèmes : l’individualisme, le collectivisme et ce que nous nous permettons d’appeler le « fokonolisme » malgache, on pourrait dire que « individualisme = tous au service des individus favorisée par la fortune, le rang ou le talent », « collectivisme = tous au service de tous, embrigadant le personne de chacun » ; « fokonolisme = tous au service de chacun par l’association à tous les autres. »

 

Nous avons cru nécessaire de souligner ce trait de la culture malgache avant d’aborder le troisième et dernier point de notre exposé.

 

III – LES POINTS FAIBLES DE LA CULTURE MALGACHE


 

Aucune culture n’est sans défauts, aucune sans points faibles. C’est la raison pour laquelle j’ai teny à consacrer la troisième partie de notre entretien à essayer, non pas d’entreprendre la critique à fond de la culture malgache, mais d’en déterminer brièvement les points faibles. Je le fais en trois raisons : d’abord, pour qu’on ne me lance pas le grief d’avoir fait simplement l’apologie de la culture malgache ; deuxièmement, dans un souci positif de donner à tous ceux que cela pourrait intéresser – éducateurs ou sociologues – des matières à réflexion, enfin, vis-à-vis des étrangers qui veulent bien comprendre les Malgaches et les honorer de leur amitié, pour les aider, je ne dirais pas à excuser les Malgaches dans certains de leurs comportements, mais à rectifier leurs propres jugements à leur endroit.

 

Pour peu qu’on reste objectif dans cette étude de la culture malgache, on ne manquera pas de déterminer cinq points faibles dans cette culture :

 

1 – Le caractère du Malgache, fait de douceur, de sérieux et d’un certain fond de mélancolie, comme nous l’avons vu, entraîne chez lui une certaine passivité vis-à-vis de la nature et une certaine résignation ou acceptation devant les événements et les conditions de travail n’ont fait qu’accroître considérablement ;

 

2 – La sensibilité du Malgache l’entraîne parfois à une très forte susceptibilité qui le fait se froisser, s’offenser facilement pour un geste incontrôlé, un mot déplacé ou même un sourire qui fuse, quelque peu ironique. Le grand malheur, c’est qu’il ne s’en montre pas manifestement offusqué, il le couve dans son for intérieur, il ne pense guère à s’en venger sur vous, mais, comme il lui répugne de jouer l’hypocrisie, il prend petit à petit ses distances, et un beau jour, vous découvrez, à votre grand étonnement, qu’il n’est plus du cercle de vos amis ;

 

3 – Le fait que le Malgache est un homme collectif, vivant plus qu’un Occident, dans et pour la famille, dans et pour le « fokonolona », aboutit dans un certain cas à une sorte d’écrasement de la personne individuelle. Ainsi, jusqu’à une époque pas très éloignée de nous, le choix d’un mari ou d’une femme était beaucoup plus dicté par la volonté des parents que par le goût de la jeune fille ou du jeune homme.

 

4 – Les Malgaches – par le culte qu’ils vouent aux morts et aux ancêtres – ont souvent tendance à considérer ceux-ci comme source et non comme moyens, dans la transmission d la vie – exactement comme certaines personnes seraient tentées de considérer un canal comme le source d’où leur vient l’eau, ne sachant pas que ce canal n’est qu’un moyen, que l’on doit certes estimer, mais qui a une valeur combien moins grande que la source à laquelle on doit réellement l’eau. C’est cela qui explique sans doute ces gestes qu’un étranger ne manque pas de trouver quelque peu exagérés ou ridicules par lesquels, lors d’un exhumation ou famadihana, les jeunes femmes se disputent les nattes sur lesquelles on avait reçu les ossements des ancêtres avant de les envelopper das le lambamena, dans l’espoir que cela ne manquerait pas de leur donner des enfants ;

 

5 – Enfin, le tdniy et le tody, s’ils dont éviter aux Malgaches biens des fautes vis-à-vis d’autrui, on ne peur nier que la peur que les Malgaches en ont, les mette dans une sorte de torpeur qui leur coupe les ailes, leur défend de faire toute initiative, bref, les paralyse. Ainsi, on craint, par exemple, de prendre telle mesure parce que qu’on se dit : « est-ce que je n’encours pas, ce faisant, le tsiny des parents ou des voisins ou des ancêtres ? » et l’on se contente de suivre bien tranquillement le cours des événements, ainsi que l’avis de tout le monde.

 

Voilà, nous semble-t-il, que quelques points faibles de la culture malgache. Chaque culture a ses points faibles, avons-nous fit, et enregistre dans son développement historique un certain nombre de déviations, ce n’est pas faire injure à la culture malgache que de les signaler en toute objectivité.

 

C’est par ces mots, que nous terminons cette petite causerie dont je m’excuse de la monotonie de l’exposé comme de la médiocrité du contenu. On voudra bien m’excuser d’avoir si médiocrement étudié les éléments de la culture malgache. Il nous était impossible de ne pas abréger – jusqu’à paraître quelque peu incomplet – la liste de ces éléments et l’analyse de ceux très riches que nous n’avons fait que simplement esquisser en les traitant pour ainsi dire cavalièrement. Nous avons seulement essayé de tracer sur une ligne continue la suite logique de ce que nous avons estimé indispensable à savoir sur la culture malgache, à commencer par la subtratum sur quoi repose cette culture, c'est-à-dire l’analyse du caractère malgache, jusqu’à l’étude des points faibles de cette culture, en passant par ce que nous croyons être ses lignes de force.

 

Que je n’aie pu donner à tous, Malgaches et étrangers, que le goût et la curiosité d’approfondir la connaissance de la culture malgache, c’est déjà beaucoup et je m’en réjouirai. La profondeur des eaux tente, dit-on, le pêcheur. J’espère que ces mots que j’ai jetés ce jour, si riches et si gonflée d’idées encore à développer, excitera un grand nombre d’entre nous à étudier, la plume à la main, ou à réfléchir, l’oreille aux aguets, quand ils liront des ouvrages traitant de la culture malgache ou conversent avec les Malgaches, hommes très ouverts lorsque l’on sait les prendre.

 

Qui de nous, en effet, n’est pas, pour ainsi dire, obligé de s’intéresser, dans le cadre restreint de son bureau ou dans le milieu plus développé de ses affaires ou de ses relations, à la rencontre des cultures ? Les temps, d’ailleurs, ne sont-ils pas propices ? Ecce nune tempus acceptabile ! C’est l’heure providentielle où tous les peuples de la terre, qui grâce aujourd’hui aux avions, à la radio et à la télévision sont seulement à quelques heures les uns des autres et vibrent, pour ainsi dire à l’unisson les une des autres, se sentent avides d’échanges de culture, désireux d’une sorte d’osmose de civilisation, pour que règne sur le miniscule planète qu’ils habitent plus de compréhension et d’estime mutuelles, c'est-à-dire, en définitive plus de paix profonde et durable.

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Crys 11/10/2016 11:22

Afin de le faire partager à la communauté malgache de France. merci

MYR 13/10/2016 15:20

bonjour, je vous conseille de vous adresser à l'Académie malagasy pour avoir une version numérique (s'il en dispose) ou de vous envoyer une copie. Merci

Crys 11/10/2016 11:21

Bonjour,

Avez-vous le livre en photo de votre article ?

Merci

Sara 16/07/2016 08:34

Merci beaucoup pour cet exposé très intéressant j'ai beaucoup appris, et beaucoup compris, la culture malgache :-)

ditra 10/05/2015 20:59

Mankasitraka e!

Aina Randrianaivosoa 19/05/2012 16:34

Izaho TSY hizara ka... fa hifampizara amin'ireo mpikaroka fotsiny aho...

Hadikako io lahateny nasehonao eto io.

Fa raha hoe "hizara" fe hizara tsy hizara aho... ;-)))

Mirary soa e! Zarao amin'i Danie ilay sary...

M Y R 22/05/2012 09:11